Jeunesse/roman jeunesse

Redécouvrir Antoine Doinel avec Jan.

Je suis pas le genre de personne qu’il faut chercher avec des noises. J’ai toujours été comme ça, paraît même que quand je suis née, j’avais mes petits poings serrés en gueulant comme un nouveau-né pas commode, c’est mon père qui raconte ça quand il est fier d’avoir une fille qui n’est pas une gonzesse. – p. 7


Nous voilà prévenus, Jan n’est pas du genre à se laisser marcher sur les pieds. Si des petits malins s’amusent à faire rimer Janis avec pisse, elle n’hésitera pas à leur en coller une et à prendre un diminutif qui détonne pour éviter toutes blagues vaseuses par le futur. C’est une gamine urbaine et sauvage, “épineuse”, qui nous colle à la peau et nous démonte le cerveau. Les émotions fortes envahissent le coeur quand elle nous raconte son petit bout de vie avec ses mots à elle, ceux de l’enfance insouciante, qui a des rêves et de l’espoir plein la tête, les néologismes au bord des lèvres.

Les enfants perdus touchent toujours quelque chose de rongé qu’on a dans le fond de l’âme. Comme Doinel et ses quatre cent coups qui inspirent Jan et à qui elle s’identifie facilement.

Et comment y résister ? Si les paroles de Jan se collent dans notre crâne, le “charme épineux” de Doinel est de se coller à la centrifugeuse de la fête foraine, et de coller son nez derrière le grillage, les yeux criant de liberté, avant de fuir au vent jusqu’à la mer. Jan est tout ça elle aussi, avec Rachid et son petit frère Arthur. L’auteure se glisse délicieusement et toujours avec justesse dans ce personnage détonnant, du début à la fin – et cette fin ! Parfaite, merci mille fois.

Oui, c’est déjà la fin. À peine le livre ouvert sur le souvenir des cinq ans de Jan sur la plage, qu’il faut la quitter, déjà. Ça va vite. Elle va vite, la môme. Elle déballe son aventure et on l’entend vraiment, et elle parle sans s’arrêter : “Quand je commence à raconter un truc, ça m’emmène à parler d’une distorsion qui débouche sur une autre chose que je veux pas oublier de dire, alors ça s’éloigne du départ comme un arbre avec des branches qui se perdent dans les feuilles.” – p.21. Alors, nous non plus, on ne s’arrête plus, une fois la première page tournée. Juste le temps toutes les trois pages de cligner des yeux, mais on ne reprend son souffle qu’à la toute fin, avec en tête le souvenir du goût de l’iode quand on boit la tasse.

Jan, tu vas me manquer. Allez, viens, on va voir la mer, et promis si un gamin écrase ton château-voiture de sable, je t’aiderai à le taper avec la pelle.

Mais la fin, j’adore, parce que Doinel, il s’évade pour courir jusqu’à la mer. – p.65

La fin de Jan, je l’adore aussi, mais je veux pas dire pourquoi, je veux pas gâcher.

© Jan, Claudine Desmarteau, éditions Thierry Magnier, 2016. Écoutez et lisez l’avis de La soupe de l’espace, et celui de Bob et Jean-Michel

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