Littérature étrangère/Romans

L’accordeur de silences, Mia Couto.

Depuis que la nouvelle année a commencé, le nom de cet écrivain résonne dans ma tête. Mia Couto Mia Couto Mia Couto, n’est-ce pas délectable ? Plus qu’un nom aux résonances poétiques, il a surtout ouvert une brèche dans mon coeur de lectrice, dans le fond de l’estomac, ou du ventre, ou des tripes – enfin, dans ce coin là.

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L’accordeur de silences ouvre le cerveau en deux comme il découpe le paysage d’un côté et de l’autre du fleuve. Un monde inhabité aux yeux du petit Mwanito. Le père invente et ancre l’idée dans les têtes qui l’entourent qu’ils ne sont plus que les seuls et derniers survivants du monde entier, et qu’au-delà de Jésusalem, il n’y a plus rien. On découvre la répression, ici celle d’un père, comme une métaphore énorme d’une société rongée.

“C’était peut-être ça : mon père avait vidé le monde pour le remplir de ses inventions. Au début, nous nous émerveillions encore des brusques oiseaux qui surgissaient de ces paroles et s’élevaient comme des fumées.”  p.31

Mais Ntunzi et l’Oncle Aproximado ne sont pas du même avis, et ouvrent différentes perspectives dans le monde du petit : on lui apprend à lire, on lui raconte les histoires de la ville, on essaie de traverser le fleuve… Vierge de tout contact avec le monde, le vrai, Mwanito porte en lui le Silence, celui qui a le don d’apaiser même les plus assourdissantes pensées.

“Ce n’est pas en lui tenant les ailes qu’on aide un oiseau à voler. L’oiseau vole simplement parce qu’on l’a laissé être oiseau. Ainsi parla Oncle Aproximado. Il partit après, englouti par l’obscurité.”  p. 48

Il y a dans l’écriture de Mia Couto, que j’ai découvert avec La pluie ébahie, un je ne sais quoi qui enveloppe, dans lequel on flotte, à travers lequel on observe la lumière différemment. Les mots sont comme reflétés à travers l’eau. On lit Mia Couto comme Mwanito regarde le Soleil à travers la surface du fleuve. On plonge et on n’en ressort pas indemne.

“Je le suivis à contre-courant et nous sillonnâmes l’ondulation jusqu’à arriver à la zone où le fleuve serpente, chagrin, et où son lit se tapisse de galets. Ces eaux dormantes gagnaient une surprenante limpidité. Ntunzi lâcha ma main et m’aiguilla : je devrais l’imiter. Alors il plongea, puis une fois complètement immergé, il ouvrit les yeux pour contempler ainsi la lumière qui se réverbérait à la surface. Ce que je fis : depuis le ventre du fleuve, je contemplai les éclats du soleil. Et ce scintillement m’éblouit dans un aveuglement enveloppant et doux. Si l’étreinte d’une mère existait, elle devait s’apparenter à cette perte de sens.” – p.26

Depuis L’accordeur de silences, quel livre soufflera doucement sur mon coeur ? Voilà déjà un mois que je le cherche…

© L’accordeur de silences, Mia Couto, éditions Métailié, 2013. À lire aussi, la chronique de Télérama : “L’envoûtement est immédiat”.

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