Littérature étrangère/Romans

La petite lumière, Antonio Moresco

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Depuis longtemps j’essaie de trouver les mots justes pour écrire sur La petite lumière d’Antonio Moresco. Ce livre perle rare, un de ceux qui tombe par hasard devant nos yeux entre nos mains, pile quand il le faut. Pile ce dont on a besoin pour réchauffer le coeur et attiser le feu du cerveau. Drôle de coïncidence déjà, quand juste après avoir feuilleté Eloge de l’ombre à la librairie, ce livre là me saute au visage quand je me retourne – une lumière comme un pied de nez à l’ombre que j’ai failli préférer. Impossible de résister à ce hasard là.

Les mots, je ne les ai toujours pas. Voyez comme je tourne autour et comme je tombe dans la facilité de l’anecdote. Seulement, l’éditeur les a trouvés, les bons mots, pour résumer tout ce que je vais écrire : “La petite lumière sera comme une luciole pour les lecteurs qui croient encore que la littérature est une entreprise dont la portée se mesure dans ses effets sur l’existence.”
Voilà, on lance le truc maintenant : cette petite lumière s’imprègne en nous. Après tout, voilà déjà plus de six mois que je l’ai rencontrée, et elle est toujours là, et encore jamais je n’ai osé me tenter à l’exercice très difficile d’écrire à propos de ce livre.

Je serais peut-être brève, dire clairement ce que je ressens, plonger dans le fastoch sans préchiprécha.
Cette petite lumière s’imprime pour toujours dans nos souvenirs.
Par ses descriptions vertigineuses de la forêt et de la nature.
Par ses questionnements physiques, métaphysiques et quantiques.

Je ne m’étais pas trompé. Il se passe quelque chose d’énorme dans le ciel, dans ses petits cerveaux de quelques grammes qui traversent l’espace comme des flèches, dans tout ce grouillement d’ailes qui ébouriffent l’atmosphère– p. 66

Il faut lire comme il s’interroge sur la corrélation entre la taille du cerveau des hirondelles et les prouesses dont elles sont capables…

Cette petite lumière s’imprègne en nous, grâce à cet ébahissement ininterrompu devant la beauté de la nature et devant toutes ces coïncidences qui ont créé le monde que nous connaissons.

Comment savoir si la lumière n’est pas elle aussi à l’intérieur d’une autre lumière ? Et quelle lumière ça peut bien être, si c’est une lumière qu’on ne peut pas voir ? Si on ne peut même pas voir la lumière, qu’est-ce qu’on peut voir d’autre ? Comment savoir si la matière dont se compose l’univers, tout du moins le peu qu’on réussit à percevoir dans l’océan de la matière et de l’énergie noire, n’est pas à l’intérieur d’une autre matière infiniment plus grande, et si la matière et l’énergie noire ne sont pas à leur tour à l’intérieur d’une obscurité infiniment plus grande ? Comment savoir si la courbure de l’espace et du temps, si courbure il y a, si espace il y a, si temps il y a, ne sont pas eux aussi à l’intérieur d’une courbure plus grande, un espace plus grand, un temps plus grand, qui vient avant, qui n’est pas encore venu ? Comment savoir pourquoi ça s’est arrangé comme ça, dans ce monde ?– p. 106

Sur ce fond apocalyptique… N’y-a-t-il plus personne sur Terre ? Le retour aux sources est presque forcé, l’Homme est absorbé dans la nature et par la redécouverte de structures naturelles puissantes. Quelle merveille, ce côté sombre et glauque, absolument lugubre, qui nous prend au milieu du récit ! L’échine de la colonne vertébrale qui n’en finit pas de frissonner jusqu’à la dernière page – par la fiction par les mots par l’émerveillement par tout par cette petite lumière – aaaah !

Une immersion puissante, réussie, grandiose, dans un décor végétal et animal où l’Homme se rend compte –enfin ?– des merveilles de l’Univers, de ce qui l’entoure, et de sa petitesse dans ce TOUT que forme le Cosmos.

Tous continuent à mourir et à renaître et à mourir à nouveau, toute chose dans le même cercle de la douleur créée. Leurs cellules végétales continuent à lutter désespérément et à se reproduire et à se dupliquer en silence, et c’est ce qu’elles continueront de faire une fois que les hommes ne seront plus là, qu’ils auront tous disparu de la face de cette petite planète perdue dans les galaxies, il ne restera plus que ce tourment de cellules qui luttent et se reproduisent, tant qu’arrivera encore un peu de lumière de notre petite étoile.– p.120

Cette petite lumière s’imprègne en nous, oui. Elle nous illumine et nous réchauffe encore très longtemps après la lecture (et même encore un peu plus après la relecture). Le petit roman d’Antonio Moresco est un récit contemplatif sur l’éternel cycle de la vie et sur l’émerveillement de la nature. Il faut le lire. C’est conseillé. Ça fait du bien.

© La petite lumière, Antonio Moresco, éditions Verdier.

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Une réflexion sur “La petite lumière, Antonio Moresco

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