Littérature étrangère/Romans

Hank Stone et le coeur de craie, Carl Watson.

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Hank est seul. Sa personnalité l’agace et plane en surface sur sa peau. Il l’observe comme si elle ne faisait pas partie de lui. Il est seul dans un appartement, il teint des tee-shirts en vert, il prête attention aux bruits de la ville, du carrefour, qui l’entourent, mais finit par ne même plus regarder au dehors ce qu’il se passe. Les sons l’empêchent de dormir, des disputes, des énièmes disputes, il ne compte plus les jours il ne compte plus les nuits, qui défilent à toute vitesse et s’accélèrent, s’accélèrent, s’accélèrent. Hank Stone découvre un nouveau graffiti. Un coeur à la craie avec des inscriptions.

Quand Hank Stone prend des comprimés oranges pour dormir, il rêve de choses étranges. L’ambiance est bizarre, sordide, angoissante, inquiétante dans son étrangeté, alors que l’action est somme toute banale… voire inexistante. Quoique, un homme observant scrupuleusement la ville est-il inactif ? Hank Stone semble être le prétexte parfait pour observer de loin la ville tumultueuse qui nous entoure et qu’on ne remarque plus.
Il s’imagine des histoires en regardant les voitures, et s’invente être ce type qui connaît le moindre détail de son quartier, du nombre de voitures qui passent à leurs destinations, du moindre poil sur les visages des prostituées.

C’est à la fois parfaitement planifié et trop arbitraire – la manière dont la lumière est à la fois une onde et une particule. Les évènements ont un sens, mais ils sont soumis au hasard. Ce sont des histoires et ce n’en sont pas.” – p.26 

Carl Watson décrit un univers réel et cruel, cruellement empli de vérités de la réalité des rues dans la nuit.
Son histoire est celle des bruits de la ville, une immersion objective de ce qu’il se passe à Stratsford Arms.
Ce sont les sirènes qui se croisent et les passants qui, vus du ciel, mêlés aux voitures de police, forment le SEX qui pue dans les rues et ruelles la nuit.
Ce sont les rythmes de la ville, on croise sans arrêt du monde sans y prêter trop d’attention, on décrit, on regarde de loin, on ne vit pas la chose. C’est une écriture qui retranscrit bien ce monde fascinant de la ville, qui nous entoure et qu’on regarde à demi-mots à demi-oeils sans forcément s’inventer la vie privée de chacun. On s’attarde sur quelques détails, puis on passe son chemin. Autres détails, autres chemins. On rentre.

Quelle grande solitude dans ces rues bondées.

C’est le temps qui passe et file, et va de plus en plus vite, se saccade entre les paragraphes, file entre nos doigts et nos yeux. On passe d’un jour à une semaine plus tard, puis d’un soir à un peu plus tard ce soir-là, la matinée suivante.
Mais le temps ne s’arrête pas bien sûr, et nous non plus.

Nous sommes les yeux de Hank qui observe et ne joue rien dans la tumulte de cette ville.

Livre reçu par les éditions Vagabonde dans le cadre de masse critique Babelio, il sera difficile de trancher complètement dans le vif pour donner un avis. C’est une lecture qui marque, non pas tant pour son histoire, mais pour les ressentis et les lumières flottantes dans le noir de la ville assourdissante, les échos, les cris, les étincelles, les reflets sur l’asphalte, qui hantent l’esprit encore quelques jours plus tard. Un livre à découvrir si l’on veut s’immerger dans ce décor, le temps d’une petite heure, et, peut-être, s’interroger sur notre rapport personnel à la ville, à ses mouvements incessants et à ses détails éphémères, qui vont, viennent, repartent et reviennent, à l’image de ce coeur de craie qui s’efface peu à peu sur le goudron.

© Hank Stone et le coeur de craie. Carl Watson, 2011, 2015 pour les éditions Vagabonde.

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