album/Jeunesse

Se débattre avec son ombre.

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Le rouge de l’ombre de Julie nous appelle. La pauvre petite se réveille un matin avec l’ombre d’un autre qu’elle-même, l’ombre d’un garçon. La faute à sa maman qui la préfère en robe et bien peignée plutôt qu’avec son pull-over préféré. La faute à son papa qui approuve : “Tu es insupportable ! Toujours à dire de vilains mots, toujours en train de tomber, toujours prête à faire une bêtise. Un vrai garçon manqué, voilà ce que tu es !”. Non, Julie n’est pas un garçon manqué. Julie est une petite fille déjà assez intelligente pour expliquer, à ce petit garçon à qui l’on dit qu’il pleure trop comme une fille, qu’ils sont tous dès le départ chacun dans un bocal, “comme pour les cornichons. Les cornifilles dans un bocal, les cornigarçons dans un autre, et les garfilles on ne sait pas où les mettre”.
Julie est déjà assez mature pour comprendre qu’on ne doit pas étiqueter le monde.

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 “Julie voudrait être petite, toute petite.
Elle voudrait se cacher dans un trou de souris.
Sous terre, les souris n’ont pas d’ombre, elles, au moins.
Tiens, c’est vrai, sous terre, il fait toujours noir, on n’a pas d’ombre !

Pauvre Julie cherche le noir pour effacer son ombre. On a envie d’être près d’elle, de lui tendre la main et de lui murmurer à l’oreille de quoi la rassurer. Julie n’aie pas peur d’être toi. Il ne faudrait jamais avoir à supporter la peur d’être soi, en vrai, en grand. Il ne faudrait jamais avoir à battre dans le bide le regard des autres, les remarques horripilantes des pies-grièches qui piapiapia tes cheveux Julie piapiapia garçon manqué Julie. Il ne faudrait jamais vivre dans l’ombre de ce que les autres pensent de nous. Il ne faudrait jamais avoir à sortir les poings contre l’ombre de cet inconnu, ce noir monumental qui bouffe petit à petit un être tout au fond, qui ne demande qu’à sortir la tête en plein jour. Heureusement, tel Peter Pan, l’enfant dont l’ombre se découd toujours et n’en fait qu’à sa tête, Julie se bat pour que son ombre la suive et lui obéisse. Et Julie repart la tête haute, l’ombre battante, et l’on sait que, quoi qu’il arrive, tout va bien se passer maintenant. “On n’a qu’à dire qu’on s’était perdus et puis qu’on s’est retrouvés”. Julie sait qui elle est, c’est le plus important.

Julie-chipie. Julie-furie. Julie-Julie.

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© Histoire de Julie qui avait une ombre de garçon, Christian Bruel, Anne Bozellec, réédition Thierry Magnier, 2014. Feuilletez la première édition.

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